Une présentation des œuvres de Bernard Foutrier, par la critique Caroline Canault (cf. son blog ici).

Bernard Foutrier sculpte le bois plein, le bois de rivière d’Armançon ou encore le bois de vigne de Chablis. Avec l’opinel et la gouge, il creuse, casse, déconstruit, fragmente, nettoie pour trouver la stabilité des formes. Une quête perpétuelle de la posture vers le point d’équilibre.

« L’ordre né du désordre, c’est un principe que j’ai toujours défendu dans ma vie. » L’artiste, qui, petit voulait être révolutionnaire professionnel, a côtoyé toute sa vie la sphère politique. Fin analyste du communisme, il se définit comme « l’homme des équilibres impossibles. » Mais lorsqu’il sculpte, le discours disparaît. « Mes sculptures n’ont pas de visée idéologique, je ne veux pas interpeller, mon travail marque la distance avec la société » poursuit-il.

Ses premiers traits naissent pendant la révolte spontanée de 1968, des dessins d’héritage surréaliste. « Le drame des surréalistes est de croire qu’ils produisaient des choses nouvelles. Nous sommes comme nos frères, ni mieux, ni moins bien. » Dix ans plus tard, Bernard Foutrier délaisse la planéité de ses œuvres pour donner naissance à ses premières sculptures, expressions spontanées immuables d’une nouvelle surface, laissant s’épanouir la forme inconsciente.

Construction spontanée

L’artiste dégage les lignes sans savoir jamais où il ira. Sa technique est involontaire,  sans construction ou maitrise de la forme finale, laissant s’accomplir la matière. Partisan des lignes courbes plutôt que brisées, il assemble les traits pour effacer la trace et parvenir à l’harmonie. « Le but de l’art c’est l’ensemble harmonieux. J’ai horreur des sculpteurs qui laissent les marques » confie t-il. 200 à 400 heures de travail sont nécessaires pour aboutir à la perfection. Un procédé minutieux où les détails sont conformes à l’ensemble. Douceur, volupté… Le corps torsadé d’une femme se devine avec grâce. L’alternance des pleins et des vides transcende le réel donnant à ses compositions une ambivalence troublante qui fait écho simultanément à l’abstraction et la figuration.

L’œuvre transitionnelle mobile

Bernard Foutrier sculpte en marchant. « L’avantage c’est que ma sculpture devient mobile et soudain toutes les lignes apparaissent. » Dans la rue, l’oeuvre se transforme en objet transitionnel, permettant l’échange entre le passant et l’artiste. Une générosité affichée qui caractérise l’artiste-humaniste, toujours en quête de transmission.

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